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En 2006 SYSTEME EDUCATIF ET FORMATION DES ENSEIGNANTS AU PEROU Javier Rodriguez 1347


SYSTEME EDUCATIF ET FORMATION DES PROFESSEURS dans le monde.jpg

1          Le système éducatif péruvien

Le système éducatif du Pérou est défini dans la loi générale de l'éducation, en vigueur depuis juillet 2003 ; son organisation répond aux principes et aux buts de l'éducation établis par cette loi (Loi 28044).

1.1       Principes et buts

L'éducation péruvienne se fonde sur les principes d'éthique, d'équité, d'intégration, de qualité, de démocratie, de respect de l'inter-culturalité, de conscience environnementale, de créativité et d'innovation. Bien qu'aucune référence directe à la technologie ne soit explicitement présente, la relation existe entre celle-ci et les trois derniers principes. L'éducation péruvienne à pour buts, d’une part, de former des personnes capables de s’accomplir moralement, intellectuellement, artistiquement, culturellement, affectivement, physiquement, spirituellement et religieusement. Il s’agit de favoriser la formation, la consolidation de leur identité, l'estime de soi et leur intégration appropriée et critique dans la société pour l'exercice de leur citoyenneté en harmonie avec l'environnement et de développer leurs capacités et leurs habilités pour unir leur vie au monde du travail et pour faire face aux changements incessants de la société et de la connaissance. D’autre part, l’éducation à également pour but de contribuer à construire une société démocratique, solidaire, juste, prospère, tolérante, qui forge une culture de paix pour affirmer l'identité nationale ouverte à la diversité culturelle, ethnique et linguistique. Une société qui aide à surmonter la pauvreté, favorise le développement durable du pays et contribue à l'intégration latino-américaine, tout en considérant les défis d'un monde globalisé.

De fait, « l’harmonie avec son environnement » et « lier sa vie au monde du travail pour confronter les changements incessants de la société et de la connaissance », sont intimement liés à la dimension technologique. Selon la loi, l'état péruvien favorise l'universalisation, la qualité et l’équité de l'éducation.

1.2       Structure du système

Le système éducatif péruvien est organisé en deux niveaux : l'éducation basique et l'éducation supérieure. L'éducation basique est obligatoire ; elle est gratuite lorsqu’elle est organisée par l’État. Elle se compose de trois modalités possibles selon le public auquel elle s’adresse. L’éducation basique régulière s’adresse aux enfants et aux adolescents qui suivent normalement le processus éducatif ordinaire[1]. L’éducation basique alternative[2] s'adresse aux jeunes et aux adultes qui n'ont pas eu accès à l'éducation régulière ou qui n'ont pas terminé leur cursus. Il s’agit d’enfants et d’adolescents qui n'ont pas été insérés dans l'éducation basique régulière ou qui ont abandonné le système éducatif et dont l’âge empêche la poursuite d’études régulières ou encore de personnes qui doivent mener de front études et travail[3]. La troisième, l‘éducation basique spéciale, s'adresse aux personnes ayant une quelconque incapacité rendant difficile un apprentissage régulier ou aux enfants et adolescents surdoués.

Ces trois modalités sont complétées par une éducation technique[4] destinée aux personnes qui recherchent également une insertion ou une réintégration sur le marché du travail et aux élèves de l'éducation basique.

L'éducation basique régulière

L’éducation basique régulière comprend trois niveaux : initial, primaire et secondaire.

L'éducation initiale constitue le premier niveau de l'éducation basique régulière, elle s’occupe des enfants jusqu’à deux ans sous une forme non scolarisée et dans des organisations scolaires pour les enfants de trois à cinq ans. Cette organisation, au travers d’actions intersectorielles, permet également à l'État de satisfaire aux besoins de santé et de nutrition des enfants dès lors que leur situation sociale l’exige. Elle est articulée au niveau d'éducation primaire assurant une continuité pédagogique et curriculaire entre ces deux niveaux, tout en conservant les spécificités et l’autonomie administrative et de gestion de ce type d’école.

L'éducation primaire constitue le deuxième niveau de l'éducation basique régulière. On y entre à six ans et la formation dure six ans. Elle a pour finalité l’instruction de tous les enfants. Il s’agit de favoriser les aptitudes des enfants à communiquer dans tous les secteurs de la vie sociale en rendant opérationnelle la manipulation des connaissances et en leur permettant d’accéder à une compréhension des faits liés à leur environnement familier et social. Cela repose sur un développement personnel, spirituel, physique, affectif, social, et artistique des personnes. Cette instruction s’appui sur des apprentissages dans des disciplines scolaires spécifiques afin de développer la pensée logique, la créativité, l'acquisition des capacités nécessaires au déploiement de leurs potentialités, notamment en vue d’exercer un métier.

L'éducation secondaire constitue le troisième niveau de l'éducation basique régulière. Elle est accessible aux enfants de douze ans et dure cinq années et leur offre une formation humaniste, scientifique et technique. Elle vise à renforcer leur identité sociale et s'oriente vers un développement des compétences facilitant l’accès aux connaissances technologiques, scientifiques et humanistes dans le cadre d’une évolution permanente. Elle éduque à la vie sociale, au travail, à la coexistence démocratique, à l'exercice de la citoyenneté et permet d’accéder aux niveaux d’études supérieurs.

Entre 1993 et 1999[5], les taux de scolarisation des enfants au Pérou se sont considérablement accrus. L'accueil des enfants de six à onze ans est passé de 88% à 96,9% et celui des douze à seize ans de 79,4% à 85,9%. Cette forte évolution ne doit pas faire oublier que toute la population scolaire ne suit pas un niveau d’étude correspondant à son âge. Cet important taux d'intégration scolaire ne doit pas masquer le taux significatif de population scolaire qui accuse et cumule des retards scolaires en raison des taux de redoublement élevés[6].

L’obtention d’une qualification professionnelle fait partie de la formation basique pour tous les élèves. Dans les dernières années du cycle scolaire, elle est développée dans la même structure éducative[7] ou en accord avec des établissements de formation technique professionnelle, des entreprises ou d'autres secteurs éducatifs qui permettent la mise en œuvre de dispositifs d’apprentissages professionnels polyvalents et spécifiques liés au développement de chaque spécialité. Ainsi, la loi générale de l’éducation stipule que la sortie de l'éducation basique est sanctionnée par un diplôme notifiant le niveau de qualification de l’élève qui sort et mentionnant le secteur technique dans lequel cette qualification a été obtenue. Cette certification facilite son insertion sur le marché du travail et est nécessaire s’il souhaite accéder à un établissement de niveau supérieur.

L'éducation technique professionnelle

L’éducation technique professionnelle correspond à un secteur d’éducation[8] orienté vers l'acquisition des compétences liées au travail dans l'entreprise. Elle est destinée aux personnes qui recherchent une insertion ou une réintégration sur le marché du travail et aux élèves de l'éducation basique. Elle a pour objectifs de :

  1. développer des compétences et des capacités d'investigation pour le travail dépendant ou indépendant ;
  2. motiver et préparer les étudiants de sorte qu'ils appliquent ce qu'ils ont appris dans un certain domaine spécifique de la production ou des services, avec l’esprit d'entreprise ;
  3. mettre à jour les compétences des travailleurs en activité ou au chômage, selon les exigences du marché du travail ;
  4. compléter le développement de l'éducation orientée vers l’emploi, qu’offre l'éducation basique.

L’éducation technique professionnelle est organisée en deux cycles. Les cycles sont eux-mêmes organisés en modules, selon l’évolution des compétences professionnelles en relation avec les emplois visés. Ces études conduisent à des diplômes spécifiques. Le cycle de base de l’éducation technique professionnelle fournit à l'étudiant les capacités nécessaires pour exécuter des travaux d'une moindre complexité qui lui permettent de se placer et de progresser sur le marché du travail. On accède à ce cycle sans pré-requis.

Le cycle moyen d’éducation technique professionnelle permet à l'étudiant d’acquérir les capacités nécessaires pour exercer une activité professionnelle spécialisée. Pour accéder à ce cycle de formation, équivalent au deuxième niveau de l'éducation basique, les élèves doivent avoir suivi un cycle d’études primaires complet. Les conditions d’admission, les contenus et les possibilités de poursuite après le cycle sont établis par le Ministère de l'Éducation. Lorsque l’étudiant termine avec succès ce cycle de formation, il reçoit le titre de technicien avec mention de sa spécialité. Un système d’équivalences permet aux étudiants de poursuivre et compléter leur formation dans les niveaux d'éducation basique et, par conséquent, ils peuvent accéder à l'éducation supérieure.

Les Centres d’éducation technique professionnelle[9] ont la responsabilité des services éducatifs pour les cycles de formation pour lesquels ils ont obtenu un agrément ; ils délivrent, en accord avec les réglementations en cours, les diplômes et les titres techniques correspondants. Ainsi, ils ont la charge de l’organisation de formation en matière notamment d’actualisation des qualifications professionnelles ou de reconversion professionnelle. Ils offrent, dans le cadre de collaborations avec l'éducation basique, des compléments de formation spécialisée. Chaque centre d'éducation technique professionnelle élabore son projet d’établissement et définit le programme d'études des différentes spécialités en interaction étroite avec les besoins de main-d'œuvre qui relèvent de son champ d'action. Pour ce faire, il prend en considération les évolutions de l’environnement socioéconomique et socioprofessionnel, les évolutions technologiques et des connaissances et, également, les profils des élèves. Ces centres peuvent proposer la mise en place de nouvelles spécialités dans leurs projets institutionnels. L’Institut péruvien d'évaluation, d'accréditation et de certification éducative (Instituto peruano de evaluación, acreditación y certificación educativa[10]) est responsable du fonctionnement de l'éducation technique professionnelle.

L'éducation supérieure

L'éducation supérieure est la deuxième étape du système éducatif péruvien, elle consolide la formation des personnes, contribue à la production de connaissances, au développement de la recherche et de l'innovation et à la formation de professionnels de haut niveau de spécialisation. L’éducation supérieure couvre tous les domaines de la connaissance, de l'art, de la culture, de la science et de la technologie, pour couvrir la demande de la société et contribuer au développement et au soutien du pays. Au Pérou, l'éducation supérieure n’est pas seulement universitaire. Dans l'éducation supérieure non-universitaire on distingue trois modalités : la formation magistrale (formation des professionnels de l'éducation), l’éducation supérieure technologique et l’éducation artistique.

Les établissements universitaires, comme les instituts, les écoles et les autres centres qui composent l'éducation supérieure, sont privés ou publics. Ils sont régis par des lois spécifiques[11]. Les instituts supérieurs technologiques, les écoles supérieures ou les instituts particuliers d'éducation supérieure, publics ou privés, composent les différents types d'établissements d'éducation supérieure non-universitaire identifiés par la loi. Les instituts de l'éducation supérieure technologique, appelés IST, sont les plus nombreux dans l'éducation supérieure non-universitaire[12]. Pour accéder à l'éducation supérieure, un étudiant doit avoir terminé avec succès ses études d'éducation basique. Pour autant, presque tous les établissements d'éducation supérieure proposent un examen d'entrée et il n'y a pas d'âge minimal pour entrer dans un établissement d'éducation supérieure ; l’âge normal est de dix-sept ans. Le recensement universitaire de 1996 montre que la grande majorité des étudiants des universités péruviennes y étaient entrés dans un délai maximum de deux années après la fin de leurs études secondaires[13]. Seuls les établissements universitaires délivrent la licence (bachilleró), la maîtrise ou le doctorat en plus des titres professionnels et des autres diplômes à dénomination particulière. Les instituts d'éducation supérieure technologique (IST) offrent des formations dans des spécialités professionnelles en quatre, six ou huit semestres académiques. Les étudiants, qui suivent avec succès leurs études dans un de ces instituts, se voient délivrer par le Ministère de l'éducation péruvien le diplôme de technicien après deux années d’étude, celui de professionnel technique après trois années et celui de professionnel après quatre années. Toutefois, la plupart des études universitaires au Pérou durent cinq ans jusqu'à l'obtention du grade de bachelier, voire six années pour l'obtention de la licence. La maîtrise est obtenue deux ans après et le doctorat avec deux années d'étude de plus.

Les études dans les Instituts Supérieurs Pédagogiques durent cinq ans. Au Pérou, comme dans d'autres pays latino-américains, en plus des instituts supérieurs, il existe des services sectoriels de qualification. Ces services sectoriels, qui ont été créés dans les années soixante, sont des établissements éducatifs sous la responsabilité de l'État. Ils sont financés par des contributions d’entreprises de leur secteur d'activité ou par leurs ressources propres ; ils perçoivent également des contributions publiques. Dans tous, les syndicats d'entreprise qui les soutiennent, intègrent le directoire et participent activement à leur gestion. Au Pérou, on en compte quatre : le Servicio Nacional de Aprendizaje en Trabajo Industrial (SENATI), le Servicio Nacional de Capacitación para la Industria de la Construcción (SENCICO), le Centro de Formación en Turismo (CENFOTUR), et l’Instituto Nacional de Investigación y Capacitación en Telecomunicaciones (INICTEL). Tous offrent un service d’excellente qualité et s’occupent, excepté INICTEL, d’un grand nombre d'étudiants plus que n'importe quel autre institut public ou privé. Ils ont l'avantage d'avoir des sièges dans différentes villes du pays.

1.3       Inscriptions, centres éducatifs et professeurs

Le système d’obtention d’une qualification technique spécialisée, offerte durant les dernières années de l'éducation basique, a été pratiquement totalement financé par l'état péruvien. Comme nous pouvons l'observer dans le Tableau 10, en 1997, 95% des Écoles de Variante Technique (EVT) étaient à gestion publique. En milieu rural, ces écoles offrent en général et presque exclusivement une éducation spécialisée dans les secteurs agricoles. L’offre est plus diversifiée dans les zones urbaines, avec une concentration particulière sur les secteurs administratifs et industriels. En ce qui concerne les centres d'enseignement professionnel, on constate une quasi équirépartition des inscriptions entre le public (52% des élèves) et le privé (48% des élèves) alors que les établissements publics ne correspondent qu’à 43% des établissements. Ces décalages de proportion ont pour conséquence un effectif d’élève par enseignant très élevé et une tendance à la surpopulation dans les salles de classe des établissements publics[14].

 

Élèves

Centres

Professeurs

 

Total

Public

Privé

Total

Public

Privé

Total

Public

Privé

Centres éducatifs

Écoles de Variante Technique (EVT) *

492 759

473 049

19 710

2 001

1 901

100

 

 

 

Pourcentage

 

96%

4%

 

95%

5%

 

 

 

Centres d'éducation occupationnelle

248 003

128 367

119 636

1 893

821

1 072

11 438

5 095

6 343

Pourcentage

 

52%

48%

 

43%

57%

 

45%

55%

Instituts supérieurs technologiques (IST)

262 832

107 568

155 264

673

283

390

17 812

7 183

10 629

Pourcentage

 

41%

59%

 

42%

58%

 

40%

60%

* Les données ont été extrapolées, tenant compte du pourcentage d’EVT en 1997 selon le recensement qui existait de l’éducation technique de cette année. En outre, on considère la distribution de pourcentages entre les secteurs publics et privés de l'année 97.

 Scolarisé.

Source : MED, Chiffres l'Éducation 1998-2003.

Tableau 10 : effectifs d’élèves et d’enseignants dans les différents types d’institution d’éducation technique et technologique - Pérou (2003)

Dans l'éducation supérieure technologique, la participation du privé est beaucoup plus importante, 58% des instituts supérieurs et 59% des étudiants. Au Pérou, le nombre d'instituts supérieurs technologiques (IST) augmente fortement depuis ces deux dernières décennies, notamment au travers de la participation privée. En 1983, pour tout le pays, il y avait soixante-dix sept IST ; en 1993, ils étaient déjà quatre cent quarante (ce qui nous permet d'apprécier l’importance de la croissance au cours des années 80) et, en 2003, ils étaient six cent soixante-treize.

 

1993

1998

2003

Variations %

1993-2003

Écoles secondaires

6 533

8 018

9 532

46%

EVT

1 372

1 685*

2 001

46%

CEO

1 338

1 833

1 893

41%

IST

440

622

673

53%

* correspondant à l'année 1997

Source : MED, Chiffres de l'Éducation 1993-2003

Tableau 11 : centres éducatifs au Pérou (1993-2003)

Comme nous pouvons l'observer dans le Tableau 11, la variation de pourcentage du nombre d’IST entre 1993 et 2003 est plus grande que celle des écoles secondaires, EVT ou CEO. Il est important de noter que, dans cet intervalle et bien que le nombre des CEO se développe, l'augmentation du nombre d'étudiants de ces CEO reste très faible.

1.4       Financement et investissement dans l'éducation

L'État apporte la grande partie des moyens de l’éducation au Pérou. En 2003, 81% des étudiants et/ou des élèves, à toutes les étapes et tous les niveaux, dans l’ensemble des modalités, relevaient d’un établissement public[15] ; ces formations, en conséquence, sont formellement gratuites. Dans l'éducation basique régulière, 85% des étudiants relèvent de financement de l'état alors que, comme on l'a vu, la participation du secteur privé est beaucoup plus importante dans l'éducation technique professionnelle, dans le technologique supérieur ou les centres d'éducation occupationnelle (CEO). Ces dernières années, la dépense publique réelle au Pérou est restée globalement constante ; ce qui, au vu de l’importante croissance des effectifs d'élèves, a provoqué une forte baisse de la somme consacrée par étudiant. Ainsi, entre 1960 et 2000, les dépenses pour l’éducation sont restées constantes alors que le nombre d'élèves a été multiplié par quatre[16]. En 2003, il était prévu de consacrer 445 nuevos soles (environ 105 euros) par élève du primaire, 613 nuevos soles (environ 145 euros) par élève du secondaire et 566 nuevos soles (environ 134 euros) par étudiant de l'éducation initiale. Les effets de cette baisse de l’investissement public par étudiant dans l'éducation sont sensibles sur la qualité, notamment si l’on considère que 84% de ce budget public pour l'éducation est utilisé pour le paiement des rémunérations des professeurs en activité et des pensions des professeurs à la retraite. Si cette tendance perdure, le Ministère de l'éducation péruvien risque de devenir un simple administrateur de listes de rémunération[17], sans ressource pour l'achat de biens et de services et encore moins, pour faire des investissements dans le secteur. De fait, les professeurs de l'éducation publique au Pérou sont très mal payés. Ainsi, le chercheur Hugo Díaz explique que « … dans l'éducation publique la variable qui s'est accrue le plus est le nombre des professeurs. Cette augmentation, plus rapide que les inscriptions et les budgets a contribué à la diminution des salaires des professeurs de presque un cinquième par rapport à ce quelle était au début des années soixante[18]. ».

 La dépense publique d'éducation a atteint, ces dernières années, 2,8% du PIB (Produit Intérieur Brut) en 1994 et il est resté autour de cette valeur. Actuellement nous sommes à 3,70% du PIB. A ce propos, mentionnons que les familles qui inscrivent leurs enfants dans les établissements publics contribuent à hauteur de 0,8% en contribution extraordinaire, part parentale ou dépenses en matériels. Cela montre que l'éducation publique au Pérou n'est pas totalement gratuite pour les enfants[19]. Ainsi, la contribution des familles est très importante : « pour chaque 100 nuevos soles (environ 24 euros) investis dans l'éducation primaire, les familles dépensent plus du double dans l’éducation secondaire et quatre fois plus pour l'éducation technique et universitaire[20] ».

2          L’éducation technique professionnelle et technologique

Au Pérou, l'éducation technologique s'enseigne dans l'éducation basique comme dans l'éducation supérieure. De plus et de manière parallèle à l'éducation basique, on trouve une éducation technique professionnelle, qui est une formation professionnelle initiale, connue auparavant en Amérique Latine comme formation au travail. Dans tous les cas, la détérioration de la qualité de l'éducation technique professionnelle au Pérou est directement liée à l'absence d'une politique d'état concernant cette forme d'éducation et qui se traduit par de très faibles niveaux d'investissement public et privé. De fait en conséquence, il y a une réelle détérioration de l'infrastructure, notamment du peu d'équipement qui existait dans les centres éducatifs, du manque de matériel éducatif et une qualification limitée des professeurs. Ce phénomène est aggravé par une très grande déconnexion entre ce qui est enseigné et les exigences du marché du travail.

2.1       L'éducation technologique dans l'éducation basique régulière

L’éducation technologique a pris place dans les programmes d’enseignement de l'éducation basique mais elle occupe la portion congrue des organisations curriculaires ; elle est toujours associée à l’enseignement des sciences sans jamais occuper une place centrale dans les dispositifs curriculaires. La structure curriculaire basique[21] (SCB) d'éducation initiale et d'éducation primaire, créé par le Ministère de l'Éducation, est un instrument pour orienter les organisations d’enseignement en fonction des besoins à satisfaire afin d’assurer la pertinence éducative au travers de processus de diversification avant même d'être appliquée à un espace et à un contexte spécifique[22]. Les compétences de la SCB s’exercent en matière de définition des axes curriculaires, des parcours éducatifs pour les filles et les garçons, des contenus transversaux et des programmes curriculaires basiques. Les curricula pour l'éducation initiale et primaire au Pérou sont organisés par compétences[23]. Ainsi, les unités qui constituent ces programmes sont organisées à partir des compétences à acquérir ; un programme regroupe l'ensemble des compétences qu’un élève doit acquérir dans chacun des secteurs d'études. Cette approche des programmes d'études dans l'éducation initiale et primaire a été initiée au Pérou au milieu des années 90.

L’éducation visant à développer une culture de la créativité et de la production a été introduite dans les organisations curriculaires de l’éducation initiale et primaire dans la perspective de faire face aux défis de l'environnement et de la société, défis qui forcent constamment les péruviens à rechercher et à trouver des solutions. La conservation de l'environnement apparaît comme un contenu transversal précisant que, dans notre pays, l'équilibre environnemental est en permanence altéré, entre autres, par l'utilisation de technologies inappropriées. Cette approche est orientée, à ce niveau d’éducation, vers l’évaluation de la vie sous toutes ses formes, à la valorisation du respect de la diversité biologique des environnements, à la connaissance des ressources naturelles et de leur exploitation par les hommes, mais également à l’identification des actions humaines qui, à tous les niveaux, détériorent et dégradent l’environnement. L’éducation au travail et la production constitue un autre contenu transversal. Ces contenus visent au développement, dans l’éducation initiale et primaire, d’attitudes positives par les filles et les garçons à l’égard du travail mais aussi qu’ils développent des stratégies cognitives et des capacités instrumentales utiles dans leur vie quotidienne telles que planifier son travail, organiser les matériaux et les équipements, respecter les normes de sécurité et d’hygiène, travailler en équipe, résoudre les problèmes, évaluer son travail. Cette approche est contextualisée afin que les élèves connaissent les besoins et les projets de leur communauté, de leur région, de leur pays, afin de se préparer à la vie active. Il existe, aux différents niveaux de l’éducation initiale et primaire, un domaine d’enseignement intitulé « Sciences de l’Environnement » dont l'objectif est de développer les capacités des élèves pour qu’ils puissent agir intelligemment sur leur environnement et trouver des solutions à leurs problèmes. Les compétences que les enfants, filles et garçons, doivent avoir acquis à la fin du sixième degré de l’éducation primaire, sont les suivantes :

  • contribuer au développement durable de leur localité en agissant positivement sur le milieu naturel et culturel et en ayant recours de manière rationnelle aux ressources de leur environnement ;
  • élaborer et appliquer des stratégies intellectuelles afin de construire des connaissances, résoudre des problèmes et s’inscrire dans un processus d’apprentissage tout au long de la vie ;
  • utiliser leurs connaissances, leurs capacités et leurs qualifications afin de créer des activités productives qui s’appuient sur les technologies disponibles dans leur environnement.

Comme nous le voyons, l’éducation technologique au niveau de l’éducation initiale et primaire n’apparaît pas de manière formelle dans les programmes. Néanmoins, les capacités relatives à l’utilisation de technologies apparaissent en relation avec les enseignements de sciences et à propos de la connaissance de l’environnement ou du monde du travail. De fait, elle sous-tend très ambitieusement la définition des profils souhaités pour les enfants qui terminent l’éducation primaire.

Il existe dans la conception curriculaire basique (CCB), au niveau de l’éducation secondaire, un secteur intitulé « sciences, technologie et environnement ». Ce secteur a été implanté en janvier 2004. Il prend la place d'un autre secteur appelé « développement environnemental » qui a disparu et qui comportait de nombreux contenus en lien avec la technologie. Ce secteur« sciences, technologie et environnement » a été créé pour « favoriser le développement intégral de la personne humaine en relation avec la nature, dont il fait partie, avec la technologie et l’environnement dans le cadre d’une culture scientifique[24] ». Ce secteur propose une approche interdisciplinaire autour des contenus suivants :

  • phénomènes physiques, chimiques et biologiques,
  • progrès scientifiques et technologiques,
  • processus quotidiens,
  • théories explicatives,
  • développement technologique,
  • problèmes écologiques,
  • développement durable.

Le secteur est organisé en trois composantes : monde physique, technologie et environnement ; monde vivant, technologie et environnement ; santé, technologie et société. Bien que dans tous la technologie soit présente, en regardant les contenus spécifiques, nous pouvons vérifier que les cours proprement technologiques occupent une toute petite place dans les programmes d’études.

Le secteur d’éducation au travail est un autre secteur de l’éducation secondaire qui fait explicitement référence à la technologie. Une des trois capacités centrales de ce secteur est « la compréhension et l’application des technologies ». Néanmoins, les connaissances spécifiques à cette capacité sont très dispersées. Ainsi, il est dit, dans le curriculum, que l’élève doit apprendre à organiser l’information, ce qui est une capacité très importante, mais aussi qu’il doit employer les diverses sources d’énergie, des composants électroniques élémentaires et qu’il doit pouvoir conduire des analyses du marché local, régional et mondial. Nous pouvons considérer qu’il n'y a aucune identification de capacités à développer en rapport avec la technologie. L’éducation au travail se décline en trois composantes. « Une incitation au travail », développée pour les enfants de douze à treize ans des premier et deuxième degrés du premier cycle de l’éducation secondaire, vise à orienter et explorer leurs aptitudes professionnelles. Dans le deuxième cycle, pour les troisième, quatrième et cinquième degrés, une formation modulaire professionnelle spécifique est proposée aux enfants de quatorze et seize ans ; elle a pour but de développer des compétences propres à une profession technique. La troisième composante s’intitule « technologies de base ». Elle est développée tout au long des cinq années de l’éducation secondaire et a pour objectif de « pourvoir les connaissances scientifiques et technologiques nécessaires à la formation professionnelle modulaire ». Notamment, elle aide à développer leurs capacités à entreprendre et à utiliser des approches polyvalentes. Dans cette perspective, des contenus relatifs à la conception, à l’informatique, à l’utilisation des ressources énergétiques, à la gestion d’entreprise ou encore à la formation à l’orientation professionnelle, sont inclus dans cette composante. Malgré cela, chaque degré comporte peu de points spécifiques relatifs à chacun de ces cours[25].

La répétition des modifications curriculaires depuis 2000 est certainement le principal problème de l’éducation secondaire au Pérou. Les nouveaux curricula de 2004 sont mis en pratique seulement dans les établissements éducatifs qui ont appliqué en 2003 la conception curriculaire basique du nouveau secondaire[26] alors que ces curricula sont encore dans un processus de validation. Seulement quatorze régions sur les vingt-quatre que compte le pays utilisent ce programme d’études et donc une proportion importante d’écoles secondaires fonctionne toujours avec l’ancien découpage disciplinaire (chimie, physique, biologie, etc.) et non pas par secteurs[27]. Autrement dit, alors que cette version récente des programmes d’études pour l’éducation secondaire accorde une place importante à l’éducation technologique, il n’y a aucune garantie qu’il n’y ait pas de modifications dans un proche avenir mais surtout, et c’est d’autant plus grave, nous savons qu'elle n'a été mise en pratique que dans très peu d’écoles dans le pays. Un second problème limite le développement de l’éducation technologique ; il se pose au niveau de la formation des enseignants. Les universités au Pérou forment des enseignants selon des logiques de disciplines fondamentales en mathématiques, en biologie, en chimie…[28] Ces enseignants rencontrent ensuite d’importantes difficultés pour enseigner de manière pluridisciplinaire les sciences, la technologie et l’environnement. Enfin, on peut noter que les méthodes d’enseignement utilisées par les enseignants constituent un frein important au développement de l’éducation technologique. Au Pérou, de nombreux enseignants continuent à travailler dans une approche traditionnelle, avec la craie et l’ardoise, sans avoir recours à des méthodes actives, ni matériel éducatif préparé spécifiquement pour l’éducation technologique. D’une manière générale, il n’y a pas de laboratoires. Lorsqu’ils existent, les équipements sont obsolètes, largement détériorés ou alors les enseignants ne savent pas les utiliser. Les établissements que nous évoquons ici représentent les quelques deux mille collèges appelés « écoles de la variante technique », soit près de 18% des centres d’éducation secondaire existant en 2003[29]. Les spécialités que l’on trouve le plus fréquemment sont l'électricité, les industries alimentaires, les industries de l'habillement, l'ébénisterie et le secrétariat.

2.2       L’éducation technique professionnelle

L'histoire de l'éducation technique au Pérou est faite d'avancées et de reculs, marquée de polémiques idéologiques, notamment en raison, d’une part, de la forte dépendance de l'éducation péruvienne aux changements politiques et, d’autre part, des difficultés à adapter notre système éducatif dans un processus de développement social inégal, dans une situation de crise permanente. Ainsi, « les tentatives pour favoriser l'éducation technique dans le système éducatif péruvien constituent un processus plein de riches expériences et de beaucoup de frustrations. Les avatars des politiques dans le domaine éducatif reflètent en grande partie les avances et les reculs successifs de l'industrialisation et de la modernisation de l'économie nationale »[30]. À l’heure actuelle, au Pérou, il existe une éducation technique et technologique supérieure qui présente les caractéristiques[31] suivantes :

  • l’offre éducative n’est pas en rapport avec la demande du marché du travail et la formation acquise par les étudiants ne correspond pas aux compétences exigées par les entreprises. Il y a une inadéquation entre la formation professionnelle technique et la dynamique du développement de la production comme en témoigne le très fort taux de techniciens qui ne travaillent pas dans la branche où ils ont été formés[32] ;
  • les programmes d’études ne sont pas mis à jour, tant du point de vue technologique que pédagogique. Ils n’ont pas été adaptés aux réalités régionales ou locales et n’ont pas été mis en conformité avec les agents économiques ;
  • la qualification des professeurs dans l’éducation technique et/ou technologique, excepté au niveau de quelques expérimentations, est pratiquement insignifiante et il n'existe pas de politique de gestion des ressources humaines pour le choix, la qualification ou la distribution des postes d’enseignants et de directeurs ;
  • les ressources matérielles (infrastructure, matériel éducatif, équipes, etc.) sont insuffisantes et les ressources financières limitées. L’équipement est obsolète et insuffisant ;
  • la gestion des centres éducatifs est peu participative, bureaucratique et la gestion du secteur éducation manque d'organes intermédiaires travaillant efficacement ensemble ;
  • les pratiques professionnelles et les processus d’alternance école-entreprise ne sont mis en œuvre que dans peu de centres éducatifs ;
  • la majorité des centres éducatifs de formation professionnelle technique travaillent dans des conditions telles que cela entraîne des insuffisances sérieuses dans la qualité du service.

En 2001, plus de mille huit cent centres d'enseignement professionnel (CEO) proposaient des formations courtes et modulaires pour accéder à trois cent quatre-vingt cinq professions différentes. Les carrières accueillant le plus nombre grand d'étudiants sont la confection textile, la cuisine et la pâtisserie, la coiffure, la confection de chaussures, la mécanique et l’électricité. En 1996, un audit conduit par un groupe de chercheurs du ministère du Travail, de l’Institut National de Statistique et Informatique et de l’ONG ADEC-ATC, a été chargé d’apprécier la qualité de l’éducation technique[33]. La qualité de l’éducation technique et technologique supérieure a été évaluée au travers de six grands facteurs influents :

  • les programmes d’études,
  • le niveau de qualification des enseignants,
  • les ressources, l'équipement et le matériel éducatif,
  • la capacité de gestion des directeurs et des autorités éducatives,
  • l'infrastructure (salles de classe, laboratoires, bibliothèques, etc.).
  • les relations avec les entreprises et les institutions locales.

Chacun de ces facteurs a été décomposé en un certain nombre d’indicateurs utilisé par le groupe d’auditeurs qui a ainsi créé un index de qualité éducative[34], ramenant l’ensemble des valeurs obtenues dans une valeur unique. Leurs conclusions montrent que moins de 13% des centres d’enseignement professionnel étudiés[35] réunissent les conditions optimales dans leurs services, 34% d’entre eux ont une qualité acceptable et plus de 53% peuvent être considérés comme de qualité insuffisante[36]. Quelques résultats spécifiques de l’étude illustrent précisément la gravité des problèmes de qualité de l’enseignement professionnel technique au Pérou. Selon l’étude, dans les CEO de qualité insuffisante à Lima, les effectifs étaient en moyenne de trente-cinq étudiants par professeur alors que dans ceux de qualité optimale, ils n’étaient que seize. Ces sureffectifs d'élèves dans les premiers ne garantissent pas des conditions idéales pour exercer son enseignement.

Qualité

Optimale

Acceptable

Insuffisante

Indicateur

Lima

Prov.

Lima

Prov.

Lima

Prov.

Étudiants par professeur

16

26

25

21

35

29

Superficie en m2 par étudiant

4,9

6,0

4,0

3,2

2,8

2,2

Programme d’études mis à jour (%)

94,1

100,0

82,4

83,8

68,1

59,1

Professeurs avec expérience (%)

87,1

78,0

78,3

72,6

67,7

58,4

Nombre d'entreprises qui firent appel aux sortants dans l'année suivante

207

38

6

7

2

3

Tableau 12 : indicateurs de qualité des centres d’enseignement professionnel (1996)

En général, dans les CEO de qualité insuffisante, autant à Lima qu’en province, nous rencontrons un grave déficit au niveau des équipements, des locaux et du nombre de mètre carré par étudiants. Par exemple, les CEO de province de qualité optimale avaient dans leurs ateliers un espace de 6 m2 par étudiant tandis que ceux de qualité insuffisante avaient à peine 2,2 m2 par étudiant.

2.3       L’éducation supérieure technologique

Bien que l’éducation supérieure technologique au Pérou présente les mêmes caractéristiques fondamentales que l’éducation technique professionnelle, la qualité éducative est un peu meilleure dans les Instituts Supérieurs Technologiques (IST) que dans les CEO. À propos des instituts supérieurs technologiques étudiés dans la recherche

administrateur Publié le : Lundi 08 avril 2019 @ 11:20:49

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